C'est un problème majeur. Les étudiants sont dans la rue, les lycéens aussi, les profs sont mécontents et pourtant le gouvernement encore une fois, tente de développer une solution dans le bon sens, peut-être pas la meilleure, sans doute même, mais surtout pas pour les bonnes raisons. Nous retrouvons à nouveau la problématique de la décision forcée par l'évolution de la société et du marché - et non la solution de bon sens mise en oeuvre de façon anticipée.
Notre système éducatif est contre-performant. Et la performance est devenue une valeur essentielle aujourd'hui.
La question qu'on peut se poser c'est: pourquoi ne l'était-elle pas auparavant? Tout simplement parce qu'elle n'était pas aussi nécessaire. La France coloniale et néocoloniale est finie. Ces périodes de l'histoire de notre nation se caractérisent par le non-besoin d'efficacité à l'échelle mondiale. En effet, il n'était nul besoin de mérite pour permettre d'exploiter le reste du monde par l'Occident, c'était surtout un rapport de force. Aujourd'hui, ce rapport de force disparaît et la compétition devient mondiale. Les emplois, moins complexes, se caractérisaient auparavant plutôt par des tâches à effectuer où la rigueur primait souvent sur l'efficacité réelle - de plus le référent d'efficacité était le même, il était national et occidental. Enfin ces emplois moins complexes ont eu tendance à disparaître et les jeunes arrivant sur le marché du travail ne souhaitent plus embrasser ce type d'emplois, pour dire plus populairement, ils veulent le beurre et l'argent du beurre, les loisirs, les vacances que la société pourvoit maintenant en quantité énorme à l'inverse des générations passées. La rigueur était autrefois réelle et concrète dans l'enseignement, mais bien sûr aussi contraignante. Aujourd'hui un emploi se caractérise par une tâche et une valeur ajoutée. Le corps enseignant se bat à perte contre des changements qui sont inexorables. Or si cette valeur ajoutée peut exister, elle est cependant soumise à une compétition qui n'est plus nationale mais internationale. De plus la rigueur a fondu comme neige au soleil alors que cette dernière est toujours profondément ancrée dans de nombreux pays en développement, rendant plus compétitif la valeur ajoutée. On pourrait encore ajouter d'autres critères qui complexifieraient l'analyse mais, ceux-là sont déjà bien suffisants.
Hors des frontières occidentales, les candidants ne sont plus les centaines d'autrefois, qui après avoir accédés à des postes particuliers en profitaient pour exploiter leur propre terrain sous prétexte qu'au royaume des aveugles, les borgnes sont rois! Aujourd'hui, ils sont des milliards! Avec un esprit de revanche ou non, ils font rééquilibrer la balance des richesses, et ce mouvement est inexorable.
Beaucoup de jeunes qui sortent du monde éducatif français s'inscrivent dans un degré d'efficience que l'on peut mesurer. Et ce n'est pas un tabou. Savoir d'abord mesurer par soi-même sa propre valeur et pouvoir la critiquer et l'améliorer est une des finalités de l'enseignement. Accepter de mesurer la valeur de celui qui enseigne par le biais du résultat sur l'enfant en est une autre et enfin accepter de mesurer cette valeur par un tiers qui n'est pas lié à cette relation est encore un autre aspect qui mériterait à être développé. Ne pas le reconnaître est un suicide de compétitivité économique et je ne serai pas étonné que dans les années à venir, de jeunes brésiliens, chinois, russes, ravissent les places de nos jeunes sur nos propres marchés car si l'éducation n'a pas conscience de ce besoin d'efficacité, il en est tout autre du marché économique qui est structuré par des lois différentes.
Les sujets de l'autocritique, de l'efficacité, de la compétitivité, de la remise en question, de la pensée globale, etc... sont des sujets, sinon tabous, décrits du bout des lèvres en Occident.
Un second aspect de la problématique de l'enseignement repose sur les dépenses à fonds perdus. Le gouvernement a mis le doigt récemment sur ces réalités et c'est très courageux de sa part. Celles-ci sont incontestables et en défaveur des enseignants, notamment du supérieur.
Enfin, le rôle de l'Etat dans l'Education n'est pas tout. Je ne peux pas me résigner à dire que nous sommes tous égaux dans l'apparition de troubles du comportement ou dans certains actes aux conséquences dramatiques. Ainsi lorsqu'un jeune homme brûle vif une jeune femme, ou qu'un autre poignarde un enseignant, la responsabilité des parents ne peut être ignorée.
Partant de ces principes, de nombreuses réformes sont possibles. Les meilleures d'entre elles doivent être retenues pour le bien de la nation toute entière. Ce qu'il faut retenir c'est qu'elles sont nécessaires et que la moindre d'entre elles demandera des sacrifices au corps enseignant et aux élèves, collégiens, lycéens et étudiants, ainsi qu'aux parents! Si on est pas prêt à un sacrifice pour améliorer une chose, il y a vraiment peu de chance que tout ce qu'on entreprenne débouche réellement sur une amélioration.
Voila un Bon Blog.En général, quand on parle de l'éducation nationale, on oublie la première question à laquelle il faut répondre : Quel est son but ! Tant qu'on y répond pas clairement, aucune réforme ne changera quoi que ce soit.
Mes réflexions dans ce domaine :
http://fredonline.over-blog.com/article-25683152.html
Cordialement.
J'ai parcouru votre blog. Bravo pour votre début de réponse. Je trouve cela très pertinent.
Vos propos d'"exigence" des élèves me font plaisir, en tant que père et ex-jeune licencié des Sciences de l'Education et qui a failli embrasser la voie de l'enseignement, j'ai conscience de la démission de l'exigence et pas seulement envers les enfants...
Votre avis sur les jeunes qui descendent dans la rue est parfaitement réfléchi et je crois bien d'ailleurs que la grande majorité des gens ne sont pas d'accord avec les syndicats d'enseignants.
D'ailleurs qu'est ce que j'entends à chaque fois chez d'autres parents?: c'est la sempiternelle remarque "ils font encore grève ceux-là?" avec tous les sous-entendus...
Que la majeure partie des enseignants suive le mouvement, eh bien ma foi quand les syndicats caressent le poil des enseignants en réclamant plus de postes, moins d'élèves, plus de moyens, plus de salaire, avantages par ci, avantages pas là, je suis le premier à dire que la logique veut qu'à juste titre les enseignants suivent leur syndicat dans ce genre de revendications.
Mais une Réforme est nécessaire. Elle ne doit cependant pas se faire aux dépens des enfants, ni aux dépens des parents, ni aux dépens des enseignants, ni aux dépens de la nation, mais bien à l'avantage de tous et même s'il faut arrondir quelques angles, y mettre du sien, un peu, de part et d'autres...
La réforme devrait être pleinement réfléchie, de bon sens, améliorante et non réductrice, en profondeur par rapport à une vision globale (nouveaux besoins des enfants, nouveaux besoins des parents, besoins du marché économique, etc...)en faisant appel à tous les partenaires, parents, enseignants, savants, anciens élèves, sans avoir peur de secouer des préjugés profondément ancrés.
J'ai trouvé le site d'un ancien enseignant dont les réflexions me paraissent assez sympathiques, en tout cas, il y a de bonnes choses:
http://revesdefrance.free.fr/Education.htm
Pour finir votre commentaire est très judicieux: savoir d'où on vient, ce qu'on veut et vers où on va est essentiel à toute véléité de changement. Il est déplorable de constater que les gouvernements qui passent ne répondent pas à ces questions ou y répondent mal, parant au plus pressé en se voyant déjà le chevalier blanc qui aura "sauvé" l'Education française avant même d'avoir réfléchi profondément sur le sujet!
Bien cordialement,
http://newdeal.centerblog.net
J'ai quelques pistes pour améliorer l'Education Nationale en fonction de mon expérience personnelle.
D'abord, nous sommes tous d'accord sur le fait qu'il faille recentrer l'Education nationale sur des valeurs d'exigence envers les enfants, les enseignants et les parents.
Il faut arrêter de laisser tout passer. La voie actuelle est celle de la permissivité.
En Russie, chaque école dispose d'au moins un gardien professionnel (la plupart du temps d'une équipe de 3 à 6 personnes), fonctionnaires et rémunérés en tant que tel pour contrôler la sécurité d'un établissement. Ils sont rassurants et disuasifs, généralement assez costauds et habillés de façon para-militaire. C'est une bonne chose, le racket et la drogue s'éloignent de l'école, les parents sont plus rassurés, les enseignants aussi.
Je crois enfin que les programmes doivent être fait par des spécialistes et dès le plus jeune age l'Education doit être recentrée sur des modules.
Mais ces modules doivent être multipliés et non restreints.
On doit dès le collège pouvoir choisir ses centres d'intérêts d'une part en fonction des matières et d'autre part à l'intérieur même de ces matières.
Sur la France, il doit y avoir des spécialistes de domaines très précis et qui sont à la fois enseignants et chercheurs, et qui doivent présenter un module simplifié pour la France entière destiné aux petits de l'école élémentaire, plusieurs autres plus avancés destinés aux collégiens et ainsi de suite jusqu'à l'universisté.
Un enfant doit pouvoir retrouver les éléments à la fois à l'école et à la maison sur un ordinateur.
Cet aspect va de pair avec la politique de l'Etat: Internet et un ordinateur pour tous à la maison.
Les activités para-scolaires doivent être multipliées (danse, musique, chant, artisanat, dessin, sports variés, sculpture, etc...). Elels doivent être semi externalisées en multipliant les associations subventionnées à cet effet et en permettant l'usage des locaux et structures de l'école.
L'économie, la psychologie et l'esprit d'entreprendre doivent être développés tôt. En Finlande, il y a de vraies classes d'apprenants à l'esprit d'entreprise.
La prévention et l'orientation dans de nombreux domaines doivent être officialisés par des spécialistes itinérants (sexualité, maladies, rôle des parent, études supérieures, drogue, tabac, arnaques et escroqueries, maltraitance d'enfants, prévention routière, etc...)
Les conférences et rencontres avec des experts ou avec le monde professionnel doivent être multipliées.
Les actions culturelles, le théâtre en particulier, le jeu de rôle comme moteur de développement personnel, le jeu de stratégie comme moteur de développement de l'esprit doivent être valorisés pour tous.
On doit aussi arrêter de surclasser les enfants de l'école primaire en maturité sous prétexte qu'ils regardent déjà à la maison des films pour adultes. De même pour toutes les catégories d'age. Je ne donne pas d'exemples mais j'en ai à la pelle.
Toutes les cantines scolaires doivent fonctionner sur le modèle d'alimentation Bio: manger moins mais mieux.
Il faut développer la composante informatique et les enfants de collège sont déjà capables de travailler seuls devant l'ordinateur.
Cela permettrait d'économiser 1 journée et demie de professorat par semaine afin de redistribuer le budget dans les cas précédents -voire 2 journées en lycée.
Les langues doivent être au coeur de la compétitivité. Les échanges avec les enfants étrangers doivent être multipliés et développés.
Dans notre entreprise (www.exago.fr), nous pouvons développer complètement l'échange avec des petits enfants chinois mais cela n'est pas très soutenu en France, à tort. Les Chinois sont pourtant demandeurs et très désireux d'accueillir des petits enfants français pour leur montrer les spécificités de leur culture.
Il faut aussi arrêter de voir l'école supérieure élitiste comme critère de sélection. Il faut privilégier l'expérience. La plupart des enseignements supérieurs peuvent être appris en dehors du lieu de cours car cela demande surtout un travail personnel.
Il faut massivement associer le monde de l'entreprise à l'enseignement supérieur par des obligations à l'égard des étudiants.
Quand on commence, on pourrait ne plus s'arrêter... Il y a tant de choses à faire et à créer.
http://newdeal.centerblog.net